Ibou, le nouveau moteur de recherche français à la loupe

Chercher sur le net sans laisser de trace intéresse un nombre croissant d’internautes en France et le marché du moteur de recherche anonyme s’enrichit régulièrement de nouveaux venus. Ibou fait partie de ces projets tricolores qui tentent de proposer une alternative aux géants américains. Babbar, une entreprise connue jusque-là pour ses outils de référencement, développe ce moteur conversationnel encore en construction sous nos yeux : une partie du service, Ibou Explorer, tourne déjà en beta publique, tandis que le moteur de recherche généraliste reste en chantier.

Qui est derrière ibou.io ?

Le site ibou.io est piloté par Sylvain Peyronnet, ancien enseignant-chercheur en intelligence artificielle et ancien responsable scientifique de Qwant, qu’il a quitté en 2019. Il dirige aujourd’hui Babbar, société d’abord positionnée sur le SEO et l’analyse de liens, qui a décidé de se lancer dans la recherche généraliste. Le nom du projet ne doit rien au hasard : « Ibou » vient d’un terme égyptien ancien désignant « les cœurs », siège du raisonnement dans l’Égypte antique. L’identité visuelle joue en parallèle sur un oiseau, clin d’œil au coq français et jeu de mots avec Babbar.

Quelle philosophie pour ce moteur français ?

Sylvain Peyronnet revendique un positionnement précis face aux moteurs traditionnels et aux assistants IA qui se contentent de synthétiser le web. Plusieurs piliers structurent le projet :

  • Respect des éditeurs : le crawl respecte les fichiers robots.txt et l’infrastructure des sites visités, sans les saturer de requêtes
  • Renvoi systématique vers les sources plutôt qu’une réponse qui « absorbe » le contenu sans citer qui l’a produit
  • Pluralisme éditorial : la diversité des points de vue prime sur le seul critère de popularité
  • Souveraineté numérique : les serveurs appartiennent en propre à Babbar, installés à Marcoussis dans l’Essonne, complétés par de l’hébergement chez OVH et Scaleway, sans aucune dépendance à un cloud américain

Sur la vie privée, le PDG a été catégorique dans une interview accordée à Next.ink le 22 décembre 2025 : ibou moteur de recherche ne déploiera aucun système de traqueurs publicitaires. La publicité restera contextuelle, basée sur le contenu affiché plutôt que sur un profil construit à partir du comportement de l’internaute. Seule la personnalisation du service Ibou Explorer conservera une donnée liée au compte utilisateur, avec son consentement, jamais à des fins publicitaires.

Illustration d'IBOU, moteur de recherche français encore en développement

Ibou Explorer, la première brique déjà accessible

Avant même l’arrivée du moteur de recherche à proprement parler, Babbar a mis en ligne Ibou Explorer, un flux d’articles personnalisé accessible sur explorer.ibou.io. Le principe rappelle Google Discover : un fil éditorial qui met en avant des contenus de qualité et redirige du trafic vers leurs créateurs plutôt que de le capter. Ce service tourne déjà en beta publique et sert de vitrine à la philosophie du projet, à savoir donner de la visibilité aux médias et blogueurs qui produisent l’information.

Le moteur de recherche généraliste, c’est pour quand ?

Le site officiel affiche encore la mention « nous construisons », signe que le produit n’est pas figé. Lors de son interview de septembre 2025, Sylvain Peyronnet n’annonçait aucune disponibilité avant la fin 2025 ou courant 2026 pour le moteur généraliste, celui censé concurrencer Google au quotidien. Autre particularité annoncée : pas d’opérateurs de recherche classiques type site: ou intitle:, puisqu’Ibou ne fonctionne pas comme un moteur d’indexation traditionnel mais comme un moteur conversationnel, pensé pour répondre par le dialogue plutôt que par une liste de liens bruts.

Dans ce paysage encore mouvant, Ibou reste un projet à suivre plutôt qu’un service mature comparable à Qwant (un autre moteur français installé depuis plus longtemps) ou à DuckDuckGo. Pour les internautes soucieux de garder la main sur leurs données sans dépendre d’un acteur commercial, l’auto-hébergement via un searxng auto-hébergé demeure une alternative technique à part entière, bien différente de l’approche B2C d’Ibou.

Quel modèle économique pour Babbar ?

Babbar annonce trois leviers pour financer Ibou : un peu de publicité contextuelle, de l’affiliation avec plusieurs programmes sans exclusivité et des fiches entreprises. Rien de révolutionnaire sur le papier mais la promesse tient dans l’absence de profilage publicitaire, un argument qui distingue Ibou des moteurs qui monétisent en priorité les données de navigation de leurs utilisateurs.